Le No-Code pour changer le monde avec Emmanuel Straschnov.

Posté le : 
10 juin 2021
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 Par Stéphanie Vagba

Fondateur et co-CEO de Bubble, Emmanuel Straschnov est considéré comme l'un des pionniers du mouvement nocode mondial. Au micro de Thibault Marty, découvrez le portrait de cet entrepreneur ambitieux qui évangélise la création d'applications web au plus grand nombre.

De la Normandie à New-York, parcours d'un élève au destin tout tracé.

Tes premiers contacts avec le web et la programmation ?

"J'ai une histoire assez non traditionnelle pour un entrepreneur du web. J'ai grandi en Normandie, à Lisieux plus précisément, les 18 premières années de ma vie. J'ai grandi au milieu de la ferme et mes voisins étaient essentiellement des vaches (rires). C'est pourquoi j'ai exploré assez tôt le code informatique. À cette époque-là, j'ai commencé à créer des petits trucs sous MS-DOS et Windows. Ça remonte à Windows 3.1 et Windows 95. J'avais développé des petits logiciels que je distribuais à l'école. Sous forme de disquette, les gens apprenaient leurs mots d'allemand. C'était ma première expérience avec le code. À l'époque, j'avais gagné quelques centaines de francs (rires).

J'ai renoué avec l'informatique quand j'ai démarré ma prépa à Paris. Après ma prépa, j'ai intégré Polytechnique pour étudier les mathématiques.

Même si j'ai quitté la France il y a 15 ans, je suis très Français. Et pour le bien commun, la meilleure manière de montrer que je suis bien Français est de travailler dans la Fonction Publique (rires). C'est pourquoi, j'ai rejoint les corps de l'administration française."

Comment es-tu arrivé aux États-Unis ?

"Il y a un truc qui s'est passé entre temps, je voulais partir à l'étranger. J'ai toujours été attiré par la Chine (le père d'Emmanuel a grandi à Taiwan). J'y étais déjà allé, j'avais 12 ans à l'époque. Du coup, j'ai négocié avec mon ministère de rattachement pour passer quelques années là-bas. Et c'est là où les choses ont commencé à déraper. Finalement, j'ai fait du conseil en strates en Chine. Je n'avais pas de vraie passion pour le conseil en stratégie. Par contre, ça m'a exposé à la culture business chinoise en profondeur. J'ai travaillé 3 mois chez CHINA MOBILE puis pour le prédécesseur de XIAOMI. Après tout ça, je ne me voyais pas revenir en France. Par la suite, je décide de partir aux États-Unis pour commencer un cursus scolaire, un MBA à Harvard. Je suis arrivé aux États-Unis en 2010. Deux ans plus tard, je décide de lancer ma boîte. J'ai démissionné de la Fonction Publique. D'ailleurs mon père était ravi (rires)."

L'histoire de Bubble

Quand l'aventure Bubble a t-elle commencée ?

"2012 est une année charnière puisque les gens pensaient que tout le monde devait apprendre à coder. C'est à ce moment aux États-Unis que Barack Obama faisait des vidéos où il tapait du JavaScript. En 2014, en France, tu avais François Hollande qui parlait du plan codage à l'école. À New-York, il y avait les coding bootcamp, des écoles de code qui foisonnaient partout. De notre côté, on a choisit la même approche. On voulait démocratiser l'accès à la création d'application, les WebApps. Tout le monde ne doit pas forcément apprendre à coder. Il faut plutôt changer les outils. Je pars du postulat suivant: le code informatique n'est pas fait pour tout le monde."

Comment as-tu rencontré ton associé ?

"C'est une rencontre assez particulière. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de boîtes qui se soient lancées comme ça. On s'est associé le premier jour de notre rencontre. On ne se connaissait pas.

Durant mon cursus à Harvard, j'ai tenté quelques expériences, dans le luxe notamment. Et à la sortie de la business school, j'ai commencé à chercher un boulot dans la tech. J'ai été voir les grosses boîtes et des startups. Je cherchais du boulot, donc j'en parlais à des gens. Puis, on m'a présenté quelqu'un qui était dans un autre département. On me dit: j'ai un ami qui lance une boîte, tu devrais lui parler. Ça serait intéressant. Donc, cette personne c'était Josh. Après, ce qui s'est passé, c'est que moi, j'étais à Boston et lui à New-York. On ne pouvait pas se voir. On s'est vu une seule fois sur Skype. À un moment, je suis allé à New-York pour un entretien. Une startup m'a fait une offre le soir même. J'avais quelques jours pour répondre. Et là, je contacte Josh pour qu'on se voit. Et on s'est vu littéralement pour la première fois de visu dans un café la veille de l'expiration de ma proposition d'embauche. On a parlé pendant trois heures. Il avait déjà conçu un prototype. Je n'ai pas accepté tout de suite sa proposition puisque j'avais jusqu'au lendemain pour répondre à la proposition de job. J'avais un peu de temps pour réfléchir. Sachant que je ne le connaissais pas du tout, j'ai quand même demandé des informations sur lui à quelques amis communs. D'un point de vue humain surtout c'est ça qui m'intéressait. Il m'avait proposé un 50/50. Depuis le début, je savais que c'était quelque chose qui allait durer.

Ce que j'ai particulièrement apprécié chez Josh, c'est sa maturité. Beaucoup de personnes auraient proposé 80/20 en disant j'étais premier, c'est mon idée. 8 ans plus tard ça n'a aucune importance de qui a commencé. J'ai trouvé assez mature de sa part de proposer une offre équitable. C'est une des choses qui a vraiment lancé notre relation sur de bons rails. C'est étrange parce qu'en business school on m'a appris l'inverse. On m'a toujours dit que c'était une très mauvaise idée d'être à 50/50 quand on lançait une startup. Je pense surtout qu'il s'est dit que je mettais au dessus les intérêts de la société plutôt que les miens. Tout ça a très bien lancé notre relation.

Le lendemain j'ai dit non au job et on a commencé à bosser le lundi suivant. C'était la deuxième fois qu'on se voyait."

Quels étaient les débuts du produit ?

"Au début, on avait choisit un nom un peu bizarre (rires). Il est encore visible à certains endroits si les gens commencent à regarder dans l'explorateur du navigateur quand on charge une app Bubble. L'application s'appelait Appforest. C'était la forêt de l'application. C'est la façon dont on voit une application. Dans le prototype que Josh avait conçu, il y avait déjà la distinction entre design et workflow. Je n'avais pas vu beaucoup de monde avoir réussi à mettre en place ce système de workflow. Il y avait des événements et des actions une par une. En y repensant, le produit n'a pas vraiment changé. On a rajouté des fonctionnalités et retravailler le design mais c'est tout. Mais fondamentalement, l'idée de base de la programmation est de définir une expérience utilisateur sur un écran, de la programmer en disant ce qui se passe derrière. Chaque bouton n'a pas vraiment changé et je ne pense pas qu'il changera. Depuis le début, on utilise comme langage du Coffeescript."

Pourquoi "Bubble" ?

"On a trouvé ce nom en 2012, en juillet précisément. On voulait un nom générique. Pas trop app builder ou quelque chose comme ça. La vision derrière la boîte est beaucoup plus large que ce qu'on fait aujourd'hui. Nous, on veut être l'entreprise qui prend les concepts compliqués et qui les rend accessibles via des outils simples. Aujourd'hui, il se trouve que c'est un gros projet de faire ça pour les web app. C'est ce qu'on appelle le General Propositional Programming. Mais à terme, ça pourrait être vrai pour n'importe quel domaine. Et donc, je n'ai pas envie que la boîte soit attachée au concept d'apps ou même de web. Après, effectivement, d'un point de vue SEO et d'un point de vue légal, ce n'est pas terrible."

Qui sont vos premiers utilisateurs ?

"Nos premiers utilisateurs sont arrivés en novembre 2012 soit quatre mois après le lancement de notre startup. Des gens avaient désespérément besoin de notre produit. Même s'il ne faisait pas grand chose, qu'il n'était pas beau du tout, il était là. La plupart étaient des entrepreneurs qui n'avaient pas de compétences techniques. Ils rencontraient des difficultés à trouver des ingénieurs. Ces entrepreneurs croyaient vraiment en leur idée.

Ils ont commencé à nous payer dès décembre 2012 à un moment où le produit était assez limité. Il y avait quand même les fonctions de base qui permettaient d'enregistrer des choses dans la base de données et de les afficher. Il y avait aussi les fonctions de gestion de compte: login, sign up et log out. Aussi, on avait intégré les paiements par chèque. Je n'avais pas encore installé Stripe (rires).

En soi, même si le produit était assez limité, les utilisateurs étaient prêts à payer. On s'était engagé avec ces mecs-là au moment où la boîte n'était pas connue du tout. On leur parlait généralement sur Skype. Avant qu'ils commencent à l'utiliser, les utilisateurs avaient des idées de boîte. Ils ne trouvaient pas d'ingénieurs. Ils nous disaient: est-ce que je peux vraiment créer un produit sur Bubble ? On leur disait 81% oui, 60% non mais on peut le créer ensemble. Ou encore, oui ça par contre ça va manquer. On s'est engagé à ce que ça marche. On a pris la décision très consciente de se concentrer sur les utilisateurs. Ils nous faisaient déjà confiance. On voulait qu'ils aient une expérience avec nous. Elle devait être bonne. Il fallait leur montrer que leur business pouvait marcher.

Ça nous a convaincu qu'on était capable de faire quelque chose de réel. Quand tu as des gens qui sont prêts à travailler avec un outil très limité et très tôt, c'est bon signe. Par contre, si tu as besoin d'avoir un produit très "polish" dès le départ, c'est mauvais signe. Concrètement, il est inutilisable."

Développeur ou businessman ?

"C'est la double erreur de Josh quand il m'a proposé de le rejoindre c'est de penser qu'il avait besoin d'un business co-founder. Il pensait qu'il avait déjà un produit déjà prêt à être marqueté et vendu. Et la deuxième erreur était de penser que j'étais quelqu'un de business puisque même si je sortais d'une business school, ma sensibilité était très produit. Personnellement, j'avais oublié que j'aimais coder et j'ai redécouvert ça au début. Donc, ces deux erreurs se sont annulées. Au bout de 3-4 premières semaines de travail, je me suis rendu compte que si je ne me mettais pas à être plus actif sur le produit, concrètement à coder, il n'y avait pas grand chose à faire pour moi. Et du coup, j'ai me suis rendu à l'équivalent de la FNAC à New York pour acheter un bouquin sur le langage de programmation qu'on utilisait. Josh m'a aidé et formé. Ça m'a pris un mois avant d'être totalement opérationnel.

Josh lui travaillait sur tout ce qui était base de données et backend. De mon côté, je construisais le produit. Je me suis occupé de l'éditeur, du support, de la documentation et je gérais aussi la communauté. Il y avait beaucoup d'avantages à avoir quelqu'un de non technique pour le produit. Une des difficultés sur un produit, surtout un projet comme Bubble, c'est que par définition, ce n'est pas un outil pour ingénieur, en tout cas pas au début. Le défaut des ingénieurs c'est qu'ils ont tendance à faire des outils pour eux. Donc avoir quelqu'un de non technique mais qui peut coder, ça a finalement pas mal de valeur. Je pense que c'est ça qui nous a permis d'avoir une interface qui n'est pas parfaite, mais qui marche. Une interface pour des gens qui ne savent pas coder, mais qui en même temps expose des concepts complexes, beaucoup plus que la compétition. Et la mission qu'on s'était fixé à ce moment-là n'était pas d'avoir un maximum d'utilisateurs. C'était d'être sûr que ces gens-là n'auraient pas de limitation. On s'était engagé à un moment. C'était un problème moral."

Comment Bubble s'est développé ?

"Concrètement, c'était très plat et on n'avait pas de croissance. On n'avait pas recruté. On faisait tout nous même. C'est pour ça que niveau design, la plateforme n'était pas jolie. En somme, tu n'as pas besoin de beaucoup d'argent. Après la question pour nous, est le coût d'opportunité, c'est à dire quand on avait tous les deux des profils qui nous auraient permis d'avoir de bons boulots dans pas mal d'endroits. Et on avait décidé de ne pas les prendre. Les trois premières années on ne se payaient pas. Par contre, après, on se payait. J'étais, je pense de loin, la personne la moins bien payée de mon MBA. Mais en revanche, la boîte, elle, tournait dans le sens où c'était essentiellement le temps qui allait. Et effectivement, on ne gagnait pas beaucoup d'argent auprès des utilisateurs. Par la suite, on a quand même trouvé un client régulier. Il était basé à San Francisco. Il commençait à nous utiliser très sérieusement. C'est celui dont je parle assez souvent. Il a eu un business volume sur 3-4 ans de plus d'un milliard de dollars entièrement sur une plateforme créée sous Bubble. Il n'avait pas d'ingénieur, mais il avait levé de l'argent. Donc, on a commencé à être payé un peu plus. On lui a dit: ça vous coûtera rien par rapport à des ingénieurs, mais nous, ça nous permettra de survivre. On a négocié entre 10 et 20 000 par mois selon les mois. Ça permettait à la boîte de survivre.

On n'a pas levé d'argent tout de suite. On a toujours pensé que pendant les premières années, on était juste pas un business en mesure d'offrir la croissance. En revanche, on avait un engagement fou. C'est à dire que les quelques dizaines de gens qui nous utilisaient c'était jusqu'à 10 heures par jour. Ça s'était beaucoup de boulot. On voulait qu'il n'y ait aucune limitation. Ce qui s'est passé pendant les cinq premières années, c'est qu'on avait une dizaine d'utilisateurs. Ils travaillaient à temps plein pour créer leur boîte grâce à nous. Sur notre plateforme il y a très peu de makers. Les gens qui nous utilisent, sont des personnes qui veulent faire tourner leurs affaires. Dans notre cas, les gens ont plutôt tendance à se dire: OK, j'ai un problème business à résoudre. Je veux lancer une boîte, je me mets dessus. Les mecs étaient dessus 10 heures par jour. Souvent, ils avaient soit des limitations du produit ou soit des bugs. Nous étions là pour régler ses soucis."

Comment définir Bubble ?

"On se définit comme un langage de programmation. D'ailleurs, d'un point de vue informatique, sciences informatiques, c'est un langage de programmation qui est typé.

Fondamentalement, notre vision de base est de dire que la programmation et le code sont deux choses totalement séparées. La programmation, c'est réfléchir de façon structurée à ce que tu veux que l'ordinateur fasse. Coder veut dire écrire, mettre les mains sur un clavier et taper des caractères qui vont écrire du texte qui sera facile à utiliser pour l'ordinateur mais difficile à lire pour un être humain. Ce sont deux choses qui n'ont rien à voir."

Des réserves de la communauté développeurs vis à vis de Bubble ?

"C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui par rapport à il y a cinq ans. La communauté des développeurs et des ingénieurs commence à regarder ce qu'on fait avec un peu plus de bienveillance. Premièrement, ils se rendent compte que ça marche. Et deuxièmement, je pense qu'ils apprécient le challenge technique.

Les ingénieurs doivent se dire que rien n'est impossible. La technologie peut tout résoudre si on y travaille. Donc dire qu'une solution comme Bubble n'est pas la bonne, avec des idées assez arrêtées, n'est pas la bonne façon de voir quand on est un ingénieur. Tous les reproches qu'ils font à Bubble peuvent être faits aussi pour le code. On peut faire exactement les mêmes reproches avec du code qui n'est pas fait de façon propre, c'est à dire qu'il y a plein de façons de créer, des erreurs de sécurité, des pannes de sécurité avec du code. Bubble a les outils qu'il faut pour avoir une base de données sûre. De même qu'il faut savoir utiliser les principes fondamentaux de sécurité avec le code. Moi, je dis aux ingénieurs, soyez ravis que des outils comme Bubble arrivent. Comme ça les gens qui ont besoin de créer des marketplaces peuvent le faire sans vous déranger. Vous pouvez vous concentrez sur les problèmes vraiment nécessaires ou votre connaissance et vos compétences auront le plus grand impact dans le monde."

"Il n'y a pas tellement de différences. C'est quelque chose qui, de plus en plus, va disparaitre. Il y a des choses que je dirais aux codeurs. Ne vous inquiétez pas, vous n'allez pas perdre votre boulot. Ça va vous permettre de travailler sur des sujets intéressants et de ne pas répéter le même travail constamment. Encore une fois, Bubble ne remplace pas le code. Il rend le code non nécessaire pour les 90% d'applications qui se ressemblent. Et il se trouve que 90% des applications dans le monde se ressemblent."

Un projet de cet envergure en France, est-ce possible ?

"C'est sans doute possible de lancer en France ce type de produit. Après mon associé est Américain. La question se posait pas trop. Si j'avais trouvé un associé Français pour faire ça à Paris, j'aurais peut-être pu. Malheureusement pour l'Europe en général, les outils comme ça, qui ont besoin d'une forte adoption pour devenir un nouveau standard se lance aux Etats-Unis. Le marché et les utilisateurs sont plus en avance sur ce type d'outil.

Si tu lances ça en France, il y a de fortes chances que tu travailles sur un outil qui sera adapté aux besoins locaux, probablement en français au début. Alors, ça change un petit peu aujourd'hui, mais au debut, l'outil sera en français. Donc c'est plus difficile de lancer un outil qui devient nouveau standard. C'est une fois que tu as bien travaillé sur ton marché domestique, tu es une très grosse boîte, là c'est plus simple. Tu as une faculté de projection au niveau mondial qui est importante. Alors que si tu es une boîte basée en France, cela signifie que tu travailles sur le marché domestique. Malheureusement, la taille du marché français fait que tu deviens une boîte de taille moyenne."

Le No code pour Emmanuel Straschnov

Que penses-tu du "No Code" ?

"Il a l'avantage de la simplicité, ce terme. Tout de suite, il a eu de la traction dans la presse et dans la twittosphère. Ce n'est pas une mauvaise chose. Néanmoins, il est un peu réducteur et imprécis à mon sens. Personnellement, je préfère le terme programmation visuelle ou en anglais visual programming. Je pense que ça définit beaucoup plus ce dont on parle. Le reproche que je fais au terme "Nocode" c'est que si on veut vraiment taper du code sur Bubble, on peut. C'est même très important. En fait, dans notre mission, notre but n'est pas de remplacer le code. Notre but est de rendre le code non nécessaire pour 90% des besoins. Mais il y aura toujours quelque chose où il faudra un peu de code et c'est pas grave, ça ne réduit pas. Il y a quand même des gens qui savent coder. Ce qu'il faut, c'est beaucoup moins de choses à coder pour qu'il puisse aider plus de monde. Il n'y a pas assez d'ingénieurs. Et aujourd'hui, si quelqu'un a une limitation dans Bubble, il peut créer un plugin avec du code qui est plus facile à faire que du web engineering standard, mais qui enlève les limitations qui peuvent manquer dans les faits. La façon dont on a créé notre marketplace, notre outil de plugin et notre écosystème, est qu'une fois que quelqu'un a résolu le problème, il est résolu pour tout le monde. C'est accessible à tous sur la marketplace. C'est 1% de nos applications qui ont du code en custom. C'est pour dire qu'on utilise quand même du code.

Et la deuxième la raison pour laquelle je préfère Visual Programming, c'est que si la définition du Nocode, c'est qu'il n'y a pas de code, ça devient plus compliqué de savoir ce qui est dans l'espace ou pas. Par exemple, quand j'entends que Notion est du Nocode, je ne comprends pas. Notion est un outil exceptionnel comme Airtable. C'est très bien et sans doute une bien plus belle itération de Google Docs de Microsoft Office. Mais à mon sens ce n'est pas du Nocode au sens où Bubble est du Nocode. Pour moi, la définition du Nocode est de dire qu'on peut faire sans code, ce qui, il y a 5 ans, demandait du code."

Pourtant sans code, pas de no code : est-ce que tout le monde ne devrait pas tout de même savoir coder ?

"Je pense que c'est une erreur. Beaucoup de gens ne s'en rendent pas compte. Et d'ailleurs, on parle beaucoup moins d'éducation au code à l'école. Ce n'est plus la priorité. Un message a eu un écho entre 2012 et 2016-2017 partout aux Etats-Unis et en France: c'est de dire aux gens que s'ils ne savaient pas coder, il fallait vraiment qu'ils apprennent à coder parce que ça allait devenir un vrai problème pour eux pour trouver du travail. C'était assez dangereux parce que le code n'est pas fait pour tout le monde. Il y a un côté un peu rébarbatif. Regarder les lignes de code toute la journée n'est pas fait pour tout le monde. Il y a certains individus qui aiment regarder des lignes de code toute la journée. Ils prennent du plaisir à faire ça. Et moi même, j'ai sans doute plusieurs millions de lignes de code dans les pattes. Donc, c'est quelque chose que j'aime bien faire, mais il y a beaucoup de gens qui n'ont pas la personnalité pour faire ça. Leur dire qu'il faut qu'ils apprennent à coder pour trouver du travail est une mauvaise idée."

"Apprendre le code par rapport au Nocode c'est comme le solfège et la musique". Qu'entends-tu par là ?

"La métaphore avec le solfège est qu'en France, des générations entières d'enfants ont été dégoutés de la musique, parce qu'on leur a dit que la musique, c'était le solfège. En revanche, je ne pense pas que le code soit indispensable. Selon moi, il faut être capable de réfléchir en process et de réfléchir en termes de workflow pour utiliser un terme Bubble. J'ai un problème business à résoudre. Est ce que je peux créer un petit produit ? Ça n'a pas forcément besoin d'être un produit magnifique qui sera déployé à la terre entière pour résoudre ce problème. Je pense que ce soit une compétence. Même si ça a commencé depuis déjà près de 30 ans, les gains de productivité pour les organisations et les entreprises en particulier viennent de l'automatisation. Aujourd'hui, qu'on le veuille ou pas, c'est mécaniquement les boîtes essaient de réduire les coûts pour être plus performantes. Parce que si ce n'est pas elles qui le font, c'est la compétition. Le problème est que les gains de productivité sont plus efficaces. On demande l'automatisation. Il faut que les gens soient capables de réfléchir en ces termes et de trouver eux-mêmes des opportunités. Et donc ça, ça suppose de savoir utiliser un ordinateur de façon intelligente et de dire à un ordinateur, de faire des choses pour être plus efficaces donc de programmer. En revanche, il faut changer les outils pour que ce soit parfait. Il ne faut pas se voiler la face, quelqu'un qui va passer une cinquantaine d'heures sur un coding bootcamp ne pourra pas faire grand chose."

La suite ?

"J'espère que dans 5 ans on ne parlera plus de Nocode et qu'on parlera de créer des produits. J'espère qu'un outil, Bubble sera le nouveau standard. J'espère une chose: quand quelqu'un aura besoin de créer une application, il ne cherchera plus d'ingénieur. Si une fonctionnalité manque, par exemple, mettre en place des intégrations avec des services particuliers pour faire des choses vraiment pointues, là, il fait appel à un ingénieur."

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